Tirer sur la corde

Comment est-on passé des Samuraïs aux Cowboys ?

Oui, c’est à quel sujet ?

Vous n’êtes sûrement pas passé à côté. En septembre dernier sortait Les Sept Mercenaires, The Magnificent Seven, un western réalisé par Antoine Fuqua (Southpaw, 2015). Un remake donc, du film de John Struges, The Magnificent Seven, sorti en 1960. Lui-même un remake du film japonais Les Sept Samurais, Shichinin no Samurai, réalisé par Akira Kurosawa en 1954.

On aura beau dire tout ce qu’on veut sur les remakes, ils ont au moins cette grande qualité de rappeler à nous de grands films. Et on saute sur l’occasion du coup !

7 samuraïs pour un bol de riz

« 400 years ago, Japan was a land of civil wars. Bandits roamed the lawless country, terrorizing farmers. »

« 400 years ago, Japan was a land of civil wars. Bandits roamed the lawless country, terrorizing farmers. » On est prévenu, ce n’est pas la fête dans ce Japon médiéval. En effet, une horde de bandits (environ quarante, ce qui fait beaucoup de bandits) s’apprête à attaquer un village sans défense et voler la récolte de riz. Mais en fait le truc c’est qu’ils l’avaient déjà pillé ce  village il y a pas longtemps. Du coup ils décident de revenir à la fin de la saison pour rafler la récolte. Encore une fois ! Par chance l’un des paysans se trouvait dans les buissons (on veut pas trop savoir pourquoi…) et a tout entendu. Une fois les bandits partis, il se précipite au village pour prévenir les habitants.

A cette nouvelle, le désespoir s’abat sur les villageois. Ils se morfondent, s’insurgent, se révoltent, se lamentent, mais principalement ne sont pas d’accord entre eux sur la marche à suivre. On parle de suicide collectif, de s’enfuir, de se battre, de se cacher… (c’est un peu la panique).

Les fermiers se rendent à la cabane du vieux Gisaku, le patriarche du village, pour lui demander conseil. Grosse surprise, le vieil homme déclare qu’il faut se battre. Mais bon pas eux même parce que faut pas déconner. Il propose d’engager des samurai pour les défendre. Problème: les fermiers n’ont que leur récolte à offrir. Les samuraïs sont orgueilleux et n’accepteront pas facilement d’être payé en bol de riz (en même temps normal). De là, surgit l’idée de génie du vieil homme: « We can only afford to feed them. Find hungry samurai. Even bears leave the forest when they’re hungry ».

« We can only afford to feed them. Find hungry samurai. Even bears leave the forest when they’re hungry. »

Quatre villageois partent donc à la recherche de samuraïs. Ce n’est qu’après maintes déceptions qu’ils rencontrent Kanbe Shimada, un rônin (samurai sans allégeance), qui touché par la souffrance et le sacrifice de ces paysans acceptera de leur porter main forte. Ensemble, ils chercheront à rallier d’autres samurai expérimentés, mais surtout assez fous pour se lancer dans cette aventure et sauver le village (tout ça pour un bol de riz je vous le rappelle).

Un sage et une tête brulée, le combo gagnant

Le casting est l’une des grandes forces du film.

Toshiro Mifune, acteur fétiche d’Akira Kurosawa (ils ont quand même fait 16 seize films ensemble…), réalise une performance juste géniale. Il interprète Kikuchiyo (on n’est pas trop sûr du nom, les autres samuraïs pensent qu’il bluffe), une tête brulée, puéril, arrogant, provoquant, alcoolique sur les bords, bref pas le modèle du samurai. Mais cette brutalité révèle un homme généreux, abandonné, désabusé et plus proche des paysans qu’on pourrait le penser. Avec un jeu très gestuel, presque dansé, Mifune se révèle être l’acteur central du film, celui qui aimante tous les regards.

Takashi Shimura est le deuxième élément du combo de génie. Son personnage, Kanbe Shimada, est le chef de ce groupe de samuraïs. Il représente la sagesse, la bienveillance, l’abnégation et les valeurs du samurai. Sa première apparition, où il sauve un enfant des bras d’un voleur, est une démonstration de son courage et talent. En parallèle, Takashi Shimura a quelques-unes des meilleures répliques du film. C’est principalement son personnage qui nous éclaire sur la signification des évènements et apporte une réflexion sur l’action du film: « I’ve got nothing out of fighting. I’m alone in the world. » A eux deux ils portent le film et éveillent toutes ses contradictions.

« I’ve got nothing out of fighting. I’m alone in the world. »

Au fond on parle de quoi ?

Kurosawa se donne l’opportunité, en 4h (oui il prend son temps), d’aborder de nombreux thèmes qui viennent donner un relief impressionnant à l’histoire. Cette dernière serait d’ailleurs restée une aventure lambda à mon sens si on n’avait pas cette richesse de reflexion. Il aborde la lutte des classes, l’héroïsme, la relation du sensei et de l’élève, le passage à l’âge adulte, la vengeance, et bien d’autres thèmes encore. Mais loin de lui l’idée de les effleurer ou d’en mentionner un en passant. Ils sont présents tout au long du film et creusent des sillons dans l’histoire ponctuée de scènes poignantes. La lutte des classes reste le thème principal, s’illustrant dans la relation entre les samurai et les villageois. L’incompréhension, la peur, l’irrespect s’installent et sont difficiles à effacer entre ces deux corps. Le personnage de Toshiro Mifune est le maillon qui fait le lien, comprenant le monde des paysans, leurs malheurs mais aussi leurs vices, et navigant parmi les samurai, fiers et détachés.

Et les Cowboys dans tout ça ?

Et là vous vous dites c’est quoi le rapport entre un samurai et un cowboy ? Ce sont tous les deux des hommes d’actions (oui la femme n’a pas trop sa place ici) avec leurs univers propre à chacun et des mythes à la pelle. De là à passer du Japon au Far West il n’y a qu’un pas.

Pour la dernière adaptation des 7 Mercenaires, The Magnificent Seven, on retrouve Denzel Washington dans le rôle du meneur de troupe, et Chris Pratt, entre autres, jouant la carte (sans jeux de mot) humour du film. Les personnages sont de loin moins puissants et les thèmes abordés restent classiques sans vraiment interpeler, quelques scènes un peu tirées, mais bon l’action et l’humour sont au rendez-vous.

Un dernier mot ?

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Finalement la meilleure chose que vous pourriez faire là, maintenant, tout suite, c’est vous réserver une petite fenêtre de 4 heures pour le week-end prochain et regarder, ou re-regarder, les Sept Samuraïs, car peu importe ce que je pourrai vous dire, cela restera la meilleure décision de votre semaine !

Cheers !

 NOS RECOMMANDATIONS

Les Sept Samuraïs, écrit et réalisé par Akira Kurosawa, avec Toshiro Mifune et Takashi Shimura – 1954

Sanjuro, écrit et réalisé par Akira Kurosawa, avec Toshiro Mifune – 1962

Jetez un oeil à notre article autour de l’adaptation de Macbeth par Akira Kurosawa.