Panoramas

David Lean, ou le maître de toute une génération

Oui qu’est-ce que c’est ?

Et voila ! On vous a fait attendre, mais il est enfin là : notre premier article en territoire anglais. En effet on s’est exilé dans la capitale anglaise il y a peu, et on essaye de s’imprégner de cet esprit british (on a abandonné pour l’accent, apparemment l’accent frenchie c’est très fashionable). On a souhaité faire transpirer cette expérience pour cet article, et David Lean nous ai venu comme une fulgurance. Réalisateur anglais reconnu pour ses grands films épiques, il fut érigé au rang des plus grand réalisateur et acclamé par toute une génération de cinéastes internationaux.

David Lean, un gentleman réalisateur

Pour ce qui est du gentleman on est pas sûr, plutôt un ladies man d’après ce qu’on a compris. Dans les grandes lignes, le travail de David Lean s’étale de la fin des années 40 jusqu’au milieu des années 80. Il est connu pour ses adaptations de Charles Dickens, Oliver Twist (1948) et Great Expectations (1946), mais sa marque de fabrique est sans hésitation son gout pour les grandes aventures. Il signera dans cette veine les chefs d’œuvre The Bridge of the river Kwai (1957), Lawrence of Arabia (1962), et Doctor Zhivago (1965). Sa carrière rencontre alors la reconnaissance internationale, avec près de sept nomination à l’Oscar du meilleur réalisateur, dont deux victoires. La postérité le lui rend bien, en plaçant sept de ses films dans le top des 100 British Films du British Film Institute, faisant de lui le réalisateur le plus représenté dans cette liste.

Reference dans le milieu du cinéma, il est source d’inspiration pour toute une génération de réalisateur et d’acteurs. Comme Lean lui-même l’a souligné, ses films sont souvent admirés par d’autres réalisateurs. Steven Spielberg et Martin Scorsese en particuliers sont des fans des films épiques de Lean et le considèrent comme l’une de leurs principales influences. Spielberg et Scorsese ont également contribué à la restauration de Lawrence de l’Arabie de 1989 qui a été considérablement modifiée par leur studio lors de sa seconde sortie. La redistribution en salle a grandement rétabli la réputation de Lean.

De nombreux autres réalisateurs du vingtième siècle qui ont reconnu l’influence notable de David Lean comprennent Stanley Kubrick, George Lucas, Spike Lee et Sergio Leone. John Woo a nommé Lawrence d’Arabie parmi ses trois films préférés. Plus récemment, Joe Wright (Pride & Prejudice, Atonement) a cité les travaux de Lean, en particulier Le Docteur Zhivago, comme une influence importante sur son travail, tout comme le réalisateur Christopher Nolan (The Dark Knight Rises).

The Bridge of the river Kwai, ou la démonstration de l’esprit britannique

Parmi la filmographie de David Lean on a choisi, non sans difficulté, de vous présenter The Bridge of the River Kwai. Cette épopée martiale réalisée en 1957 s’inspire du roman français de Pierre Boulle, Le Pont de la Rivière Kwai (1952).

L’histoire est une sorte de capsule au coeur de la seconde guerre mondiale, présentant l’opposition entre les forces britanniques et l’armée japonaise au cœur de la forêt Birmane.

Au début de l’année 1943, des prisonniers britanniques sont conduit dans un camp de travail tenu par les soldats japonais. Leur prison se trouve au cœur de la jungle Birmane, pas besoin de garde, il est impossible de survivre en dehors du camp. Ils sont en quelque sorte prisonnier de l’immensité. Le commandant du camp, le colonel Saito (Sessée Hayakawa), les informe que tous les prisonniers, quel que soit leur grade, doivent travailler à la construction d’un pont ferroviaire sur la rivière Kwai qui reliera Bangkok et Rangoon. L’ancien officier britannique, le lieutenant-colonel Nicholson (Alec Guinness), fait prisonnier avec ses hommes, informe Saito que les Conventions de Genève exonèrent les officiers du travail manuel, et qu’il refuse formellement de commander à ses officiers de travailler sur le pont. A partir de ce moment-là se joue un affrontement psychologique entre deux fous.

« Colonel Saito: I hate the British! You are defeated but you have no shame. You are stubborn but you have no pride. You endure but you have no courage. »

Lean nous présente ces deux « monstres »: Saito souhaitant le pont construit à tout prix, sous peine d’être exécuté par ses supérieurs, et Nicholson plaçant l’honneur des troupes britanniques à un tel niveau qu’il refuse le statut de prisonnier. Nicholson va petit à petit prendre le pouvoir sur le camp et la construction du pont. En effet Saito se rend compte que le lieutenant-colonel est indispensable au bon travail de ses hommes.

« Colonel Nicholson: One day the war will be over. And I hope that the people that use this bridge in years to come will remember how it was built and who built it. Not a gang of slaves, but soldiers, British soldiers, Clipton, even in captivity. »

Spectateur comme nous, le Major Shears, prisonnier américain sarcastic, assiste à ce duel de deux leaders. Représentant sans doute l’individualisme, il profite de la confusion du camp lors de cet affrontement pour tenter une échappée.

« Commander Shears: You mean, you intend to uphold the letter of the law, no matter what it costs?

Colonel Nicholson: Without law, Commander, there is no civilization.

Commander Shears: That’s just my point; here, there is no civilization.

Colonel Nicholson: Then we have the opportunity to introduce it. »

On adore ce film pour son scenario déjà tout à fait original. Le casting est quant à lui remarquable : avec William Holden, dont on vous a parlé dans notre article Billy Wilder, Jack Hawkins, et Alec Guinness.

L’humour 100% british, l’intelligence des dialogues, la singularité des personnages font un cocktail explosif (promis sans jeu de mots). Un peu long on l’accorde (3h) mais chaque minute vaut la peine.

Les britanniques incarne une sorte de naïveté – ou de folie par moment – enveloppée d’orgueil, la mort étant préférable au déshonneur. L’américain ici incarne l’individualisme et le pragmatisme, allant parfois jusqu’au renoncement patriotique. Les détracteurs du film ont souligné la culture impérialiste et la mise en avant de la suprématie occidentale. En effet on concède que les japonais sont dénigrés à un niveau culturel et que les britanniques sont montrés en majesté. Mais justement d’après nous ce sentiment supérieur est contrebalancé par l’ambiguïté du personnage du Colonel Nicholson, qui se trouvera aveuglé par sa vision, permettant au spectateur d’aborder une posture plus critique et mesuré à son égard.

« Colonel Nicholson: We can teach these barbarians a lesson in Western methods and efficiency that will put them to shame. We’ll show them what the British soldier is capable of doing. »

Notre coup de cœur, l’odieux Alec Guinness

Bien sur, quand on pense à David Lean, beaucoup de grand acteurs viennent à l’esprit : Peter O’Toole, Omar Sharif … Mais Alec Guinness est de loin notre préféré. Alec, c’est une référence du cinéma international, mais britannique avant tout, et surtout une référence du cinéma de David Lean. Ils ont travaillé sur six films ensemble, dont Lawrence of Arabia, Bridge of the river Kwai, Oliver Twist. On vous en avait bien sur déjà parlé dans notre article Quand l’humour noir anglais rencontre l’expérimental allemand (oui on s’était un peu chauffé pour ce titre).

Pour sa performance en tant que colonel Nicholson, l’officier commandant du POW britannique inflexible, Guinness a remporté l’oscar du meilleur acteur. Malgré une relation difficile et souvent hostile, Lean, se référant à Guinness comme « my goodlucky charm », a continué de prendre Guinness dans ses films : il interpréta le chef arabe Prince Feisal dans Lawrence d’Arabie,  le demi-frère du docteur Jivago, le leader bolchevik Yevgraf, dans le Docteur Zhivago et le professeur mystique indien Godbole dans A Passage in India (1984).

Du coup qu’est ce qu’on fait ?

Pour le sentiment d’aventure et d’evasion, on vous recommande sans mesure la filmographie de Sir David Lean, on vous promet ça vaut le détour. Vous y retrouverez surement les influences de vos réalisateurs contemporains préférés. Et avouez c’est ça aussi la magie du cinéma !

Cheers !

1 comment

  1. Happy to see that as a busy French expatriate you still find the time to enlighten us!
    Thank you 🙂

Comments are closed.