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Le divorce au cinema: la comédie du remariage

Oui, c’est à quel sujet ?

Le mariage est un sujet qui semble inépuisable au cinéma (on a même trouvé 4398 références sur IMDB). Les comédies romantiques ont largement exploité le filon, se concentrant presque exclusivement sur l’aventure qui précède le mariage. En effet ce dernier est généralement l’aboutissement d’une quête semée d’embuches. A son instar, le divorce semble intéresser tout autant les cinéastes (bon ok ça fait moins rêver). Mais l’approche est bien différente. Il est rare qu’un scénariste utilise le divorce comme finalité. Il aura tendance à le voir comme le point de départ d’une aventure.

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Zoom sur l’actualité cinéma 

On fait écho à l’actualité du cinéma français (oui on essaie comme on peut). On retrouve deux films très différents dans la forme, tous deux sortis en 2016, mais qui se rejoignent dans le fond autour du divorce. En Aout 2016 est sorti le film de Joachim Lafosse, L’économie du couple, avec Bérénice Bejo et Cédric Kahn. En Décembre 2016 sortira également le film Papa ou Maman 2, avec Marina Fois et Laurent Lafitte.

L’économie du couple, c’est l’histoire de Marie et Boris.  Après 15 ans de vie commune, ils décident de se séparer. Or c’est elle qui a acheté la maison où ils vivent avec leurs enfants, mais c’est lui qui a fait les rénovations. Ils sont obligés d’y cohabiter, aucun des deux ne voulant lâcher ce qu’il juge avoir apporté.

Dans un autre style, Papa ou Maman 2 raconte l’histoire de Vincent et Florence. Ils sont divorcés depuis deux et partagent la garde de leurs enfants. Ils ont chacun un nouveau conjoin dans leur vie, ce qui va mettre le feu au poudre et compliquer leur relation.

Ces deux films proposent une vision de la vie du couple après la séparation et étudient le comment vivre ensemble une fois qu’on ne s’aime plus. Mais chacun à sa manière, le premier sous forme de drame façon huit clos, le second une comédie plutôt caustique.

Le thème du divorce est loin d’être nouveau au cinéma, contrairement à ce qu’on pourrait penser. Il a même fait l’objet d’un genre à part entière à Hollywood dans les années 30-40 (ils sont tellement forts ces américains…).

Hollywood et le divorce

Alors non, on ne va pas parler de Brad Pitt et Angelina Jolie ! Désolé, on a trouvé bien plus intéressant !

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Un philosophe américain, Stanley Cavell, a identifié un genre à part entière : la comédie du remariage. Professeur d’esthétique et de théorie générale de la valeur à Harvard, il est surtout connu pour ses travaux de philosophie sur le cinéma. Il explique ce sous-genre dans son essai Pursuits of Happiness, The Hollywood Comedy of Remarriage, le présentant comme héritier de la comédie shakespearienne. A partir de 7 films des années 30-40, il explore le genre, ses mécaniques, logiques, ses combats et ambiguïtés.

Même s’il est difficile d’exposer la comédie du remariage en quelques mots, on va essayer (juste parce que c’est vous). La comédie du remariage met généralement en scène un couple qui divorce, pour finalement se retrouver et se marier à la fin du film. Si toutes les comédies de remariage ne suivent pas exactement ce schema, elles mettent en scène ces deux événements dans cet ordre. Beaucoup pensent que ce genre fut une réponse au Code Hays, qui interdisait les références dans les films à l’adultère, et donc fut un moyen de le détourner. Parmi les 7 films présentés par Cavell, une grande partie appartiennent également à la Screwball Comedy, apparentée à la comédie loufoque.

La comédie du remariage, un genre à part entière

The Philadelphia Story, notre coup de cœur

On a décidé de vous parler en particulier de The Philadelphia Story, notre préféré et le plus représentatif de ce genre d’après nous. Réalisé en 1940 par George Cukor (My Fair Lady), le film a remporté deux oscars, meilleur acteur pour James Stewart (on valide), et meilleur scenario adapté (d’après la pièce de Philip Barry). Le film fut un succès critique et populaire, ce qui n’est pas étonnant avec un casting tel que celui-ci : Katherine Hepburn, Cary Grant, et James Stewart en tête d’affiche (oui on aimerait que ce soit comme ça tous les jours).

De quoi ça parle ?

Tracy Lord est une jeune héritière appartenant à la haute société de Philadelphie. Elle est sur le point de se marier à George Kitteredge, un nouveau riche et self-made man. Deux ans plus tôt, elle se séparait de son premier mari, CK Dexter Heven (son alcoolisme devenant gênant). En parallèle, le tabloïde Spy décide d’envoyer deux journalistes, Mike et Liz, afin d’infiltrer le mariage du siècle et d’écrire un portrait de la mariée, sans son accord bien sûr. Mais comment vont-ils y parvenir ? Grace à l’ex-mari de Tracy évidemment ! Tracy, une femme belle, forte et inaccessible, s’efforcera de protéger son intimité et de défendre ses choix, tout en se trouvant confrontée aux hommes de sa vie : son ex-mari (tendance à compliquer les situations), son fiancé (un peu chiant), son père (qui n’est pas super droit dans ses bottes) et Mike (un journaliste/écrivain torturé).

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Pourquoi on est fan ?

On adore ce film pour son casting mais pas seulement ! C’est tout d’abord l’histoire d’une femme confrontée à ses principes. Présentée par les hommes de sa vie comme une reine, déesse, une beauté supérieure à toutes les autres, on réalise très vite que ces métaphores ne décrivent pas ses qualités mais existent pour souligner ses défauts.

« You’ll never be a first class human being or a first class woman until you’ve learned to have some regard for human frailty. »

En effet nombreux sont ceux qui la perçoivent comme une personne inhumaine, sans cœur, et incapable de faire preuve d’empathie envers ceux n’ayant pas la même exigence qu’elle (en particulier son père et ex-mari).

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Perturbée par cette vision de son entourage, et animée d’un sentiment de désamour, Tracy va faire quelque chose qu’elle n’avait fait qu’une seule fois dans sa vie avant. Elle va boire (et pas un peu, genre beaucoup). Son état d’ébriété la fera descendre de son piédestal, et vivre des situations cocasses (dont une scène d’anthologie), pour finalement se réveiller le jour de son mariage avec une gueule de bois pas possible et une mémoire qu’elle seule semble avoir perdue. Ayant également perdue son estime personnelle dans la nuit, Tracy se remet en question et semble reconsidérer les hommes de sa vie et le regard parfois intransigeant avec lequel elle les avait estimés.

Du coup qu’est-ce qu’on fait ?

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En panne d’idée cadeau ? Offrir l’essai de Stanley Cavell, The Pursuit of Happiness, à un cinéphile (avec un faible pour les réflexions philosophiques), est surement le meilleur cadeau que vous pouvez trouver, qui plus est original.

Et si vous en avez marre des comédies romantiques qui tournent en rond, manquent d’originalité, de qualité et sont plus énervantes que distrayantes, alors sautez sur The Philadelphia Story. C’est frais (oui le film a plus de 70 ans mais il n’a pas pris une ride), intelligent, bourré d’humour et de charisme. Et pour la nième fois, un casting de folie comme celui-là ça ne s’ignore pas ! Pour votre propre bien et celui de votre entourage il est fortement recommandé de voir ce film au plus vite.

Cheers !