Tirer sur la corde

La Saint Valentin, ou le date qui tourne mal ?

Oui, c’est à quel sujet ?

La Saint Valentin sonne le glas. C’est bien connu, du 1er janvier au le 14 février correspond un des pics de trafic de l’année sur les sites et applications de rencontre tels que Tinder, Meetic ou encore Adopte un mec. On le comprend, il correspond à une période où culturellement on fait une introspection personnelle, on essaye de partir sur de bonnes bases. Et la Saint Valentin fait en quelque sorte office de deadline, vous rappelant que votre statut n’est toujours pas en règle. Comme chaque année, sur Instagram, Twitter et Facebook commence à « poper » des articles, meme, GIF et autres, raillant la Saint Valentin, qui semblent exister pour rassurer les célibataires (ou célibattant), voulant crier « je suis seul mais j’assume ».  

Amour par correspondance, pour les longues distances ?

Finalement la promesse de ces sites de rencontre est de vous faire rencontrer quelqu’un proche de chez vous, que vous n’avez jusque là jamais rencontré. Or le sujet de la rencontre est clé dans la comédie romantique au cinéma.

En effet, la comédie romantique souvent fait appel aux « meet-cutes ». Une meet cute est une scène fictive, dans laquelle un futur couple romantique se réunit pour la première fois d’une manière qui est considérée comme adorable, divertissante ou amusante. Le terme a existé depuis au moins le début des années 1940. Une des meet cutes les plus connues se trouve dans la Huitième Femme de Barbe Bleue (1938), où sur la côte d’Azur, une noble désargentée (Claudette Colbert) souhaite acheter un haut de pyjama, et un roturier millionnaire (Gary Cooper) souhaite acheter le bas. Ils l’achètent donc ensemble.

Mais avouez que si on se parle de rencontre sur Tinder, tout de suite c’est moins scénarisé, moins charmant.

Au final ce qui intéresse le cinéma, lorsqu’on parle de dating virtuel, c’est quand la rencontre tourne mal. Et si la personne avec qui vous échangiez depuis quelques semaines, quelques mois, sur qui vous fantasmiez depuis tout ce temps, était en fait votre pire ennemi ? C’est l’idée du film de Lubitsch, The Shop Around the Corner, et de son remake des années 90 avec Tom Hanks, et Meg Ryan, You’ve got mail par Nora Ephron.

Rivaux dans la vie professionnelle, amant par correspondance

Dans The Shop Around the Corner, Klara (Margaret Sullavan) et Alfred (James Stewart), sont tous deux employés d’une boutique haut de gamme de Budapest. Ils se méprisent, mais ils échangent sans le savoir des lettres romantiques.

 There might be a lot we don’t know about each other. You know, people seldom go to the trouble of scratching the surface of things to find the inner truth.

– Well I really wouldn’t care to scratch your surface, Mr. Kralik, because I know exactly what I’d find. Instead of a heart, a hand-bag. Instead of a soul, a suitcase. And instead of an intellect, a cigarette lighter… which doesn’t work.

Le magasin dans lequel ils travaillent fourmille en permanence d’intrigues. Il appartient à M. Matuschek, dont la femme le trompe. Il croit incorrectement qu’Alfred est peut être en cause, sans se rendre compte que l’amant de sa femme est en vérité un autre de ses employés.

Quand Alfred perd son emploi, il n’a pas le courage de se rendre à son rendez-vous avec sa correspondante, mais après qu’un ami se soit penché et lui ait dit que Klara est la fille qu’il était censé rencontrer, Alfred doit décider si oui ou non il déclarera son amour à sa rival.

Alors que le film fait peu d’efforts pour cacher ses origines scéniques (basé sur une pièce hongroise), les performances sont si étincelantes, et la chimie parmi tous les personnages est si forte, que vous avez l’irrésistible envie de passer du temps à l’intérieur de ce magasin. Tout au long de la production du film, Lubitsch s’est inspiré des souvenirs de la boutique de son père à Berlin. Le réalisateur l’a par la suite désigné comme « la meilleure photo que je n’ai jamais faite dans ma vie ».

L’amour par correspondance version 2.0

The Shop Around the Corner a servi de modèle à plusieurs reprises, avec plus ou moins de succès.  In the Good Old Summertime (1949) est le premier remake, mettant en scène Judy Garland dans une comédie musicale reprenant les grandes lignes de l’intrigue originelle. Cette version a beau avoir ses charmes, Van Johnson, jouant le rôle d’Alfred, n’est certainement pas James Stewart.

Le remake le plus intéressant est de loin celui de Nora Ephron, You’ve Got Mail (1998), avec Tom Hanks et Meg Ryan. Tous deux sont rivaux dans le cadre professionnel, mais correspondent via chat sur Internet sans le savoir. Bien que le film n’est pas un grand chef d’oeuvre, c’est super intéressant d’observer la transposition d’une intrigue début du 20eme siècle à Budapest dans le New York de la fin des années 90. Sans surprise, en 50 ans on est passé de l’approche épistolaire aux mails.

On est d’accord, ce genre de déconvenue ne risquerait pas d’arriver avec Tinder – où Alfred aurait tout de suite vu la tête de Klara et aurait skipper directe vers la gauche.

La Lubitsch Touch

Fils d’un tailleur juif de Berlin, Ernst Lubitsch (1892-1947) démarre comme acteur au cinéma avant de devenir metteur en scène. Il se rend au Etats Unis en 1921 pour le film Das Weib des Pharao. Ce sera le début de sa carrière américaine, faite de délicatesses et d’éclipses, de joyeuse amoralité et de satire acérée des milieux bien-pensants.

La Lubitsch Touch existe, on la rencontre dans chacun de ses films ! Elégance, rapidité, imagination : ses mises en scènes sont brillantes mais jamais au détriment des personnages et de l’intrigues. L’un des meilleurs exemples n’est autre que To Be or Not to Be, une comédie mettant en scène une troupe de comédiens à Varsovie, durant la deuxième guerre mondiale, essayant de déjouer les plans de la Gestapo.

Jusqu’à aujourd’hui, les cinéastes se sont efforcés d’atteindre ce que l’on appelle la « Lubitsch Touch » – le premier étant le grand Billy Wilder qui avait  affiché dans son bureau « Comment Lubitsch ferait il ? ». On retrouve d’ailleurs cette habilité de jongler entre des personnages denses, des dialogues ciselés et une bonne dose d’émotion dans la plupart des comédies de Wilder.

Du coup qu’est-ce qu’on fait ?

Finalement si on doit retenir quelque chose de ces films, n’est ce pas que la personne idéale est en fait cette exacte personne que vous ne supportez pas ? (bon on admet on a pas eu envie de plus creuser le sujet…)

Enfin bon, que vous soyez adepte des sites de rencontre ou non, on vous encourage à voir The Shop Around the Corner, au moins pour James Stewart !

Cheers,

NOS RECOMMANDATIONS

La Huitième Femme de Barbe-Bleue, réalisé par Ernst Lubitsch, avec Gary Cooper et Claudette Colbert – 1938

The Shop Around the Corner, réalisé par Ernst Lubitsch, avec James Stewart et Margaret Sullavan– 1940

To Be or Not To Be, réalisé par Ernst Bubitsch, avec Carole Lombard, Jack Benny et Robert Stack – 1947

Si vous n’avez vraiment rien d’autre à voir : You’ve Got Mail, réalisé par Nora Ephron avec Tom Hanks et Meg Ryan – 1998