Panoramas

L’art de l’autobiographie fantasmée par Fellini

Oui c’est à quel sujet ?

Annoncé comme le président du jury du 70e Festival de Cannes, Pedro Almodovar fait l’actualité cinéma de ces dernières semaines. Il a quelques temps, Mubi a compilé la liste des films préférés du réalisateur. Sans surprise, le réalisateur italien Fellini y figure à deux reprises, avec Huit et demi (1963) et Amacord (1973). Et ça tombe bien car on avait très envie de vous parler du travail de Fellini.

Et finalement a-t-on vraiment besoin d’une excuse pour vous parler de Fellini ? Fellini est toujours une bonne idée, et, comme son œuvre, ne nous laissons pas dictés par la froide logique, et laissons libre cours à nos souvenirs et désirs. 

Fellini, héritier de Rossellini

« Fellini est un enfant de la province, qui n’est jamais réellement arrivé à Rome. Il en rêve encore. Et nous devrions lui être reconnaissants pour ces rêves. » Orson Welles.

Pour comprendre Fellini, il faut d’abord connaitre Fellini. En tout cas c’est notre avis.

Issu d’une famille de petite bourgeoisie, Federico Fellini (1920-1993) part pour Florence dès sa majorité atteinte, laissant derrière lui sa Rimini natale. Mais c’est finalement à Rome qu’il découvre le métier de scénariste, en travaillant pour l’acteur Aldo Fabricio notamment. Au début des années 1940, grâce à Roberto Rossellini , il découvre le cinéma à la fois comme moyen d’expression et façon de vivre. Rossellini sera le seul cinéaste qu’il considèrera comme son maitre, « l’ancêtre dont nous sommes tous descendus » dira-t-il. Et finalement l’art de Rossellini transparait et marque de façon incontestable le cinéma de Federico Fellini, un cinéma qui s’ancre dans une réalité quotidienne héritée du néoréalisme.

Huit et demi

Pour vous parler de Fellini, quoi de mieux que de le faire au travers de son chef d’œuvre, Huit et demi (1963) ? On aime ce film pour son originalité, parce qu’il raconte beaucoup de chose en ne racontant rien, parce qu’il réunit des acteurs formidables et parce qu’il est surprenant de vérité tout en étant totalement fantasmagorique.

Guido est un réalisateur au sommet de sa gloire. Son producteur lui laisse carte blanche, toutes les actrices veulent jouer pour lui, les femmes lui courent après. Mais Guido vit dans le mensonge, il a perdu l’inspiration. Alors que tout son monde s’excite et s’anime autour de lui pour faire vivre son futur film, Guido se réfugie dans des images de son enfance et son présent fantasmés. C’est alors que la réalité se confond avec le rêve (frôlant par moment le cauchemar), et que Fellini, par l’intermédiaire de Guido, nous emmène dans son univers.

L’autobiographie fantasmé à travers son oeuvre

Arrivé à une certaine maturité de son cinéma, et grâce au succès critique et public de la Dolce Vita (1960), l’auteur gagne en autonomie et semble se voir, comme le personnage de Guido, laisser carte blanche pour ce film. Grace à cette liberté il réalise Huit et demi, sans doute son film le plus personnel, et l’un des plus brillant du cinéma italien.

Le titre Huit et demi, d’après le réalisateur lui-même, correspond au nombre de film qu’il a réalisés, en comptant les courts et moyens métrages.

Dans Huit et demi (1963), Fellini réalise son autoportrait en artiste en panne d’inspiration et harcelé par son entourage. Le ton de ce film était déjà présent dans La Dolce Vita (1960), mais il n’était pas encore complètement assumé. C’est à partir de Huit et demi que tout change vraiment. Fellini assume pleinement l’autobiographie fantasmée, avec un univers onirique, confondant les images réelles de l’enfance et les rêves à la fois fantastique et grotesque.

Les films qui ont suivis, Amarcord (1973) et bien d’autres, sont imprégnés de cet esprit combinant de façon harmonieuse, chaotique et folle à la fois le spectacle, la religion, la séduction et l’angoisse du temps qui passe. Fellini s’illustre à travers ses films comme un inconsolable rêveur courant derrière des chimères.

Dans les Vitelloni (1953), une phrase de Leopaldo, l’écrivain, rend compte de la plus grande obsession de Fellini « Les années s’envolent : hier encore c’était l’enfance et maintenant tout est fini».

Bien évidement on ne peut pas parler de Fellini sans aborder Marcello Mastroianni. L’acteur italien apparait la première dois dans La Dolce Vita (1960) sous les traits du journaliste Marcello Rubini avant d’incarner Guido Anselmi, cinéaste célèbre et torturé dans Huit et demi (1963) puis Snaporaz, le vieux séducteur de la Cité des femmes (1980) et Fred, le danseur révolu de Ginger et Fred (1985). Dans Intervista (1987), déguisé en Mandrake le magicien, il joue son propre rôle et visionne avec Anita Ekberg et Fellini la scène mythique de la fontaine de Trevi.

Du coup, qu’est-ce qu’on fait ?

L’univers fantasque, torturé et précieux de Fellini est une bouffée d’air frais qui vous prend par surprise et vous emporte dans un monde entre rêve et réalité. Alors on vous encourage à jeter un œil à sa filmographie, à tomber aussi bien sous le charme de son univers onirique et loufoque, que sous celui de Marcello Mastroianni (extrêmement difficile d’y échapper, on vous l’assure).

Cheers,

A découvrir sans attendre !

La Dolce Vita, écrit et réalisé par Fellini, avec Marcello Mastroianni, Anouk Aimée et Anita Ekberg – 1960

Huit et demi, écrit et réalisé par Fellini, avec Marcello Mastroianni, Anouk Aimée et Claudia Cardinale – 1963

Amarcord, écrit et réalisé par Fellini, avec Magali Noël, Maria Antonietta Beluzzi et Pupella Maggio – 1973