Drôle de comparaison

Quand l’humour noir anglais rencontre l’expérimental allemand

Oui, c’est à quel sujet ?

C’est officiel, Manifesto fait parti de la sélection du Sundance Festival. Le film réalisé par le cinéaste allemand Julian Rosefeldt sera diffusé pour la première fois le 23 Janvier 2017 au festival américain du cinéma indépendant.  Vous avez surement entendu parlé de cette expérimentation artistique et cinématographique mettant en scène l’actrice oscarisée Cate Blanchett. Sa performance est intéressante et remarquable principalement car elle interprète 13 personnages différents à elle seule (certains n’aiment pas partager).

Comme beaucoup l’ont présenté, Manifesto n’est pas exactement un film, mais plutôt une expérimentation artistique. Ce curieux projet capture Cate Blanchett récitant des manifestes d’art écris par de grand maitres tels que Tristan Tzara, André Breton ou encore Yvonne Rainer. Le parti pris du réalisateur est de présenter Cate Blanchett déclarant les mots de ces grands artistes dans des situations aussi variées qu’inattendues, dans la peau d’un reporter, professeur de dance, ou encore un homme sans abris.

Dans cette effusion artistique, on a tout de suite pensé au chef d’œuvre, et classique de l’humour noir anglais, Kind Hearts and Coronets de Robert Hamer.

Il dit qu’il voit pas le rapport 

On comprend que le lien entre un film à volonté expérimentale, de plus présenté au Sundance Festival, et une comédie noire anglaise sortie en 1949 ne saute pas aux yeux. C’est principalement la performance de Cate Blanchett qui nous a mis la puce à l’oreille. Performer à elle seule 13 personnages, dont un homme, nous a fait penser tout de suite à Alec Guinness (on admet ils n’ont pas grand-chose en commun). L’acteur anglais nous régale de son talent et humour dans Kind Hearts and Coronets (oui il a fait d’autres films en plus de Star Wars) en interprétant une famille entière, dont une femme, ce qui donne 8 personnages plus loufoques et caustiques les uns que les autres !

Kind Hearts and Coronets, Noblesse Oblige en français, est un des bijoux des studios Ealing d’après-guerre. Le scénario est une adaptation libre du roman Israel Rank : The Autobiography of a Criminal écrit par Roy Hornimann en 1907.

La satisfaction d’une insolence noire et british !

Sur fond d’époque édouardienne, Louis d’Ascoyne Mazzini raconte son passé depuis sa cellule de prison. Du fait de la mésalliance de sa mère avec un chanteur italien, Louis a été renié par sa famille aristocratique qui lui refuse tout droit à l’héritage. Après la mort de sa mère, et le refus du chef de famille de la laisser être enterrée dans la crypte familiale, Louis décide de se lancer dans une vengeance qui signera la fin de sa famille.

« As in an old Italian proverb : revenge is the dish which people of taste prefer to eat cold. »

Il entreprend de faciliter les morts accidentelles de tous ceux qui le précèdent dans l’ordre de succession du duché. Cette série de meurtres, tous plus astucieux et loufoques, nous est confiée sur le ton flegmatique de la confession satisfaite.

« It is so difficult to make a neat job of killing people with whom one is not on friendly terms. »

Cet élégant tueur en série, terriblement intelligent et sarcastique, serait presque capable de nous faire douter de notre sens moral. Le critique de cinéma Roger Ebert a même souligné que le personnage réussissait à nous démontrer que le meurtre pouvait être terriblement distrayant.

La magie des studios Ealing et le talent de Guinness

Le titre original du film, Kind Hearts and Coronets, est tiré du poème Lady Clara Vere de Vere, écrit par un des poètes les plus célèbres de l’époque victorienne, Alfred Tennyson. L’extrait exacte étant : « Kind hearts are more than coronets, and simple faith than Norman blood. » exprimant que la simplicité et la générosité ont plus de valeur que la noblesse et les honneurs. Un titre donc tout à fait sarcastique quand on pense au personnage principal qui est prêt à toutes les entorses morales pour récupérer un titre de noblesse.

Sous son folklore britannique, Noblesse Oblige se révèle monument d’insolence. Le film doit sa célébrité à la composition explosive d’Alec Guinness, qui interprète à lui seul une famille entière (8 roles), tout cela servie par des dialogues incisifs et absurdes. Mais Alec Guinness n’est pas le seul acteur du film à jouer plusieurs rôles. Dennis Price, qui joue le personnage principale, Louis Mazzini, interprète également le père de son personnage.

On aime ce film également pour le cynisme, truffé de références littéraires, avec lequel il dépeint les travers de l’aristocratie anglaise de l’époque édouardienne. Mais ce cynisme amorale ne fait pas l’unanimité à sa sortie en salle. En effet, lorsqu’il arrive aux Etats Unis, le film est censuré par le code Hays et se trouve transformé afin d’être présenté en salle. Des répliques faisant référence à l’adultère sont supprimées et une autre fin est ajoutée au film afin d’apporter une morale acceptable au public américain.

Un dernier mot ?

Vous aimez l’humour caustique et loufoque anglais ?  On vous recommande de sauter tout de suite sur Kind Hearts and Coronets, un bijou d’humour noir ! Si ce n’est pour les dialogues cyniques et élancés, au moins pour saluer la performance géniale d’Alec Guinness.

Cheers !