Drôle de comparaison

Orphée, le poète des temps modernes

Oui, c’est à quel sujet ?

Enfin, ils sont disponibles. De quoi parlons nous ? De la collection « Les grands mythes » bien sûr. En Septembre 2016, Arte a diffusé une série de vingt épisodes retraçant les destins fascinants des dieux et des héros de la mythologie grecque. François Busnel, le créateur de la collection, nous délivre une vision de ces mythes tels que les Grecs du Ve siècle avant J.C. se les transmettaient, en entremêlant une animation en silhouettes, réalisée en 2D et créée spécialement pour la série, avec un choix d’œuvre d’art, depuis les magnifiques vases grecs jusqu’aux chefs d’œuvre de l’époque moderne. Ce dialogue créé des parallèles surprenants, entrechoquant les époques et ressortant des rapprochements transhistoriques. Ils sont à retrouver sur Arte (ou gratuitement sur Youtube).

« Les Romains, puis l’Église chrétienne, les artistes de la Renaissance ou du Grand Siècle, les psychanalystes, les studios hollywoodiens ont « tordu » les grands mythes pour y faire entrer ce qui les intéressait, les dépouillant peu à peu de leur sublime ambiguïté : ils ont été vidés de leur violence, de leur âpreté, de leur noirceur, de cette culture primitive et souterraine qui les caractérisaient, mais surtout de la liberté de pensée qu’ils proposaient. »

Le mythe d’Orphée et son aura

Le mythe qui nous inspire le plus est sans hésiter celui d’Orphée. Et on n’est pas les seuls ! De Gustave Moreau, Jean-Baptiste Corot, Victor Hugo, Apollinaire, Jean Anouilh, Marcel Camus, à Jean Cocteau en passant par Corneille, Orphée n’a cessé d’inspirer et de stimuler l’imagination des plus grands.

Vous savez, Orphée, ce poète qui part sauver sa femme, Eurydice, des enfers, pour finalement, au moment où il pense l’avoir tirée d’affaire, et touche enfin au but, commettre la petite erreur qui détruira sa vie ainsi que celle de sa femme (on vous la fait courte).

Son histoire est surprenante et passionnante, principalement grâce à tous les thèmes qu’elle aborde : l’amour, le courage, l’art et l’inspiration, la violence, la mort et la fatalité du destin.

Le tragique de ce poète n’a pas échappé à Jean Cocteau qui l’a poursuivi tout au long de sa vie, comme le fil rouge de son œuvre, jusqu’à le faire sculpter sur le pommeau de son épée d’académicien. On découvre sa vision d’un Orphée poète des temps modernes dans son cinquième long métrage, Orphée (1950).

Orphée, poète des temps modernes

A la terrasse du café des Poètes, à Saint-Germain-des-Prés, Orphée, poète au sommet de sa gloire, est témoin de l’étrange disparition d’un jeune poète de l’avant-garde littéraire, Cégeste. Ce dernier est renversé par deux motards casqués et emmené dans la Rolls-Royce d’une princesse.

Orphée est obnubilé par cette princesse et les mystères qui l’entourent. Il en oublie même sa femme Eurydice qui ne tarde pas elle aussi à disparaitre dans des conditions étranges.

Orphée se lance alors dans une quête pour retrouver la princesse et sauver Eurydice, aidé d’Heurtebize, messager de la mort. Ils entreprennent ensemble, à travers les jeux de miroirs, des allers et retours entre les deux mondes, non sans risque de briser leurs règles respectives et d’en payer les lourdes conséquences.

« (Heurtebize) Est-ce la mort que vous souhaitez rejoindre ou Eurydice ? – (Orphée) Les deux. »

Comprendre la mort pour saisir l’immortalité ?

Cocteau ne cherche pas à présenter le mythe en tant que tel mais le transpose dans son époque ce qui lui offre la liberté de présenter sa vision de la vie et de la mort, au travers de la condition de poète.

Dans ce film, Cocteau s’identifie à Orphée : le réalisateur a 60 ans à la sortie du film, et Orphée est un poète relégué par la jeunesse de son temps. Il nous délivre d’ailleurs une œuvre bien obscure « baignant d’un côté dans le mythe, de l’autre dans le surnaturel ». Les libertés prises vis-à-vis du mythe sont tellement larges qu’on pourrait se perdre. Mais finalement ces largeurs nous permettent de nous délivrer du mythe et d’accepter pleinement la liberté du scénario, qui tend par moment au film policier, comme aimait en parler Cocteau. Il ne désirait pas qu’on y cherche des interprétations symboliques et souhaitait qu’on le regarde avec les yeux de l’innocence émerveillée.

Comme la grande partie de son œuvre, Orphée relate les épreuves initiatiques imposées au poète lacé des choses terrestres. Ce dernier n’a plus qu’une quête pour sortir de sa torpeur, comprendre et apprendre à aimer la mort et à se faire aimer d’elle pour devenir immortel.

« Je vous livre le secret des secrets, les miroirs sont les portes par lesquelles la mort vient et va, du reste regardez-vous toute votre vie dans un miroir et vous verrez la mort travailler, comme les abeilles dans une ruche de verre. »

Et du coup, qu’est ce qu’on fait ?

On recommande tout particulièrement ce film aux passionnés de mythologie et de poésie. L’ingéniosité et l’imaginaire de Cocteau ne font pas défaut. Alliés au charme de Jean Marais, ce bijou à tout pour plaire. Certains dirons que c’est prétentieux, d’autre dirons que c’est audacieux, et ils auront raison.

Cheers,

NOS RECOMMANDATIONS

Orphée, réalisé et écrit par Jean Cocteau, avec Jean Marais – 1950

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