Drôle de comparaison

Le pire d’Hollywood vu par le meilleur

Oui, c’est à quel sujet ?

Ça y est … on y est ! La période des cérémonies a été lancé. Le 8 Janvier dernier, les Golden Globes ouvraient le bal. Au programme : tapis rouge, photographes, conférences de presse, statuettes très convoitées, robes de couturiers et stars internationales. Tout cela s’accompagne bien sûr de controverses, pronostiques, rivalités et palmarès dans tous les sens. Dans la foulée vont débarqués les Primeos Goya, les BAFTA, puis les Césars, et on finira par les Oscars le 26 Février.

C’est dans cet esprit que l’on se rappelle évidement The Artist, sorti en 2011, seul film français à avoir reçu l’oscar du meilleur film en plus de 4 autres oscars, 7 Bafta, 3 Golden Globes, 6 Césars et un Goya.

A la fin de son discours de réception de l’oscar du meilleur réalisateur, Michel Hazanavicius a conclu « I would like to thank the following three people, I would like to thank Billy Wilder, I would like to thank Billy Wilder, and I would like to thank Billy Wilder. » Pour ceux qui se demande, non il n’y a pas trois personnes qui s’appelle Billy Wilder…

Ce qui nous intéresse c’est justement cette référence au grand réalisateur, connu pour ses chef d’œuvre de la comédie américaine des années 50-60.

Tout naturellement la mention de Billy Wilder nous intrigue. Son œuvre la plus à même d’être comparée à The Artist est en fait un de ses deux diamants noires, Sunset Boulevard, sorti en 1950 (l’autre étant Assurance sur la mort). Ce film noir, ayant reçu 3 Oscars dont celui du meilleur scenario, est une des plus grandes réussites du réalisateur américain (qui nous a pourtant habitué à des comédies).

Mais quel rapport vous nous direz entre une comédie des années 2010, en noir et blanc célébrant le cinéma muet des années 20, et un film noir des années 50 ?

Sunset Boulevard, le monde cruel d’Hollywood

Un homme, Joe Gillis, est retrouvé mort dans la piscine d’un manoir sur Sunset Boulevard. A travers un long flashback,  Joe, qui est scénariste,  nous raconte comment il a pu en arriver là. Tout commence six mois plus tôt, Joe peine à vendre ses scenarios aux studios d’Hollywood et essaye d’échapper à ses créanciers. C’est en les semant qu’il découvre par inadvertance un manoir apparemment abandonné sur le fameux Sunset Boulevard. Il se trouve que cette grande propriété appartient à Norma Desmond, femme de 50ans et star oubliée du cinéma muet. Norma, apprenant que Joe est écrivain, décide de l’accueillir chez elle afin qu’il l’aide à écrire le film qui fera son come-back à l’écran, et qui d’après elle fera le grand plaisir de ses fans qui ne l’ont jamais oubliée.

Cette rencontre permet à Joe de rentrer dans l’univers étrange de Norma, fait d’adoration personnelle et d’illusion sur sa gloire passée. Bien que repoussé par cette femme plus âgée, possessive et égocentrique, il s’habitue au confort et à la vie de luxe qu’elle lui procure. Il va même jusqu’à renoncer à son estime personnelle et à son talent afin de vivre dans son rêve.

La tension s’épaissit au fur et à mesure que Norma, instable et jalouse, se rend compte que Joe ne peut cacher son ennui et agacement pour cette vie.

« Norma, I haven’t done anything. – Of course you haven’t, I wouldn’t let you ! ».

Ne pouvant plus rester prisonnier de ce monde d’illusion, Joe fait éclater la vérité si longtemps cachée.

Il dit qu’il voit pas le rapport 

Quel rapport entre The Artist et Sunset Boulevard ? Tous deux explorent les conséquences pour les acteurs du triomphe du parlant face au muet désillusionné. A travers cette rencontre de deux mondes, c’est finalement la critique d’Hollywood qui s’opère. Peut-être moins chez Michel Hazanavicius qui approche le cinéma muet avec un œil admirateur. Billy Wilder, par opposition, a un regard très cinglant sur Hollywood, sur son univers surcodé et intransigeant. Les personnages de Wilder sont durs, plus cynique et désillusionnés vis-à-vis de cette « industrie du rêve ».

Finalement la grande différence reste le propos et l’angle d’attaque. The Artist est une sorte de lettre d’amour au cinéma muet des années 20, pour ses acteurs mais également pour ses réalisateurs faisant référence dans la réalisation à l’Aurore et l’Intruse de FW Murnau, Les quatre fils de John Ford et L’Inconnu de Tod Browning (parmi bien d’autres encore). Billy Wilder s’attache via Sunset Boulevard à capturer l’atmosphère noire de Hollywood plus que la disparition du muet en elle-même.

Une satire d’Hollywood ou le regard critique de Billy Wilder 

La disparition du muet et l’actrice rescapée qui rêve de son comeback n’est en fait qu’une excuse pour présenter un Hollywood cruel qui consomme ses acteurs pour les rejeter une fois leur jeunesse et leur gloire passées.

« You’re Norma Desmond, you used to be big ! – I am big, it’s the pictures that got small »

Il attaque les faux semblants et les compromissions qui sont pour lui la marque de l’American way of life. Sunset Boulevard nous permet de retrouver, via le personnage du scénariste, une lucidité parfois très drôle sur Hollywood, ainsi que l’un des thèmes de prédilection de Wilder : « Jusqu’où l’homme peut-il s’avilir lorsque sa situation professionnelle ou financière est en péril ? »

Un dernier mot ?

On souligne le casting étonnant et détonnant réunit par Billy Wilder, avec en tête, dans le rôle de Norma Desmond, l’ancienne actrice de cinéma muet Gloria Swanson, et William Holden dans le rôle de Joe Gillis. Mais évidemment ce qui nous surprend c’est la participation du très grand réalisateur, Cecil B. DeMille, qui joue son propre rôle.

Durant cette période intense de cérémonies, où nous avons les yeux rivés sur Hollywood, quoi de mieux que de se plonger dans un classique cynique (et oscarisé) qui décrie justement cette industrie du cinéma ?

Cheers !