Drôle de comparaison

Quand le vice s’installe chez vous

Oui c’est pour quoi ?

On a observé un vrai regain ces dernières années pour le life style britannique du début du 20eme siècle, en majorité grâce au succès des scenarios de Julian Fellowes (Gosford Park, Downton Abbey). C’est cet esprit huit clos concentré sur une maison recréant un microcosme de la société, théâtre d’une énième lutte des classes qui nous fascine.
Bien sûr on a pensé à vous présenter La règle du jeu de Jean Renoir, Le charme discret de la bourgeoisie de Buñuel, ou encore Les vestiges du jour par James Ivory, mais on a voulu se concentré sur deux films qui autant dans leur étrangeté que dans la présence d’un duo anxiogène ont marqué le cinéma.
L’univers de la haute bourgeoisie du début du 20e est souvent le théâtre d’intrigue mêlant une flopée de personnages, parfois un meurtre, mais dans tous les cas des secrets trop bien gardés. Ce qui nous interpelé est surtout l’intimité qui s’exerce entre un maitre et son serviteur. Une intimité qui peut devenir vite morbide. On vous a trouvé deux films qui, à leur manière, explore cette relation malsaine, dans une ambiance anxiogène.


Dans l’un, une jeune femme se trouve confrontée, au lendemain de son mariage avec un riche aristocrate, à la femme de chambre de sa précédente épouse.
Dans l’autre, un jeune homme recrute un butler, qui va finir par l’intrigué par ses relations et ses airs mystérieux.
Vous l’auriez peut-être deviné, on vous parle ici de Rebecca, l’adaptation du Daphné du Maurier par Alfred Hitchcock en 1940, et de The Servant réalisé par Joseph Losey en 1962.
Tous deux bien que très différents dans leur formes et fond, explorent la relation de dominance et les jeux de pouvoir qui peuvent exister entre deux être dans l’intimité d’une maison bourgeoise.

Un conte gothique en noir et blanc

Une jeune femme, particulièrement naïve, rencontre à Monte Carlo le jeune mais rêveur aristocrate Maxim de Winter. Ils tombent amoureux et après deux semaines seulement se marient. Elle devient à partir de ce moment la seconde Mrs de Winter.


Maxim ne tarde pas à accueillir sa jeune épouse à Manderley, sa grande propriété en Cornouaille. Là elle rencontre Mrs Danvers, la gouvernante. Cette femme dominatrice et froide, est obsédée par la défunte épouse de Maxim, Rebecca, dont elle préserve la mémoire dans cette maison conservée telle un sanctuaire. Bien que morte, la présence de Rebecca est omniprésente. La jeune Mrs de Winter, intimidée par la propriété, déstabilisée et menacée par Mrs Danvers, elle peine à s’épanouir et trouver sa place dans cet environnement anxiogène qui l’étouffe.

Le maître et le serviteur

Tony est un jeune bourgeois, oisif, dégageant des airs de dandy et passant son temps à esquisser sur son carnet. Alors qu’il emménage dans son nouvel appartement londonien il engage pour domestique Barrett, un homme aux apparences humbles et discrètes. Susan, la fiancée de Tony ne voit pas d’un très bon œil ce domestique qui n’est pour elle qu’un intrus dans leur intimité. Au fur et à mesure, Barrett arrive à amener dans cette maison son influence, de ses habitudes à son amante, jusqu’à dicter sa loi au dépend de son jeune maitre soumis.

Mais pourquoi ?

Le superbe film de Joseph Losey se concentre sur la lutte des classes et le sexe, mais bien que connu pour ses sous-entendus homosexuels, son gène gay semble insaisissables. L’homosexualité est partout et nulle part dans The Servant. Le scénariste Harold Pinter créé des dialogues elliptiques, menaçants, superbement contrôlés, qui sont capables de suggérer, d’impliquer, de séduire, de repousser. On n’oublie pas que dans les années 60, les britanniques ne peuvent toujours pas afficher leur homosexualité légalement, et encore moins à l’écran. Tony et Barrett ont quelque chose du Dr Jekyll et de M. Hyde, ou peut-être Lord Henry Wootton et Dorian Gray.


Ce sous-entendu homosexuel se ressent également dans Rebecca. Dans un documentaire de 1996, The Celluloid Closet, la scénariste Susie Bright suggère que Mrs Danvers nourri des sentiments romantique et sexuels pour Rebecca. Elle cite en particulier une scène dans laquelle Danvers montre le tiroir à sous-vêtements de la défunte à la nouvelle Mrs de Winter, montrant à quel point la dentelle est transparente.
Bien que dans un contexte de censure, The Servant est unique : son élégance formelle, théâtrale, combinée avec la laideur des émotions et de peurs, semble plus aigu et plus féroce que jamais. Avec ses ombres sombres, ses visages déformés dans des miroirs convexes, il ressemble à un film effrayant, qui est ce qu’il est.

Du coup qu’est-ce qu’on fait ?

Le suspens et la performance cinématographique vous inspire ? Alors sautez sur ces deux superbes films sans plus attendre !

Cheers !

NOS RECOMMANDATIONS

Rebecca, réalisé par Alfred Hitchcock, avec Laurence Olivier et Joan Fontaine  – 1940

The Servant, réalisé par Joseph Losey, avec Dirk Bogarde et James Fox  – 1963

Gosford Park, réalisé par Robert Altman, avec Kristine Scott Thomas et Maggie Smith  – 2001

La règle du jeu, réalisé par Jean Renoir, avec  Marcel Dalio, Nora Gregor  – 1939

Les vestiges du jour, réalisé par James Ivory, avec  Anthony Hopkins, Emma Thompson et James Fox  – 1993